Pourquoi c’est dangereux d’utiliser le terme vaginique ?
- Maelle Bizet Sable
- 2 nov. 2022
- 4 min de lecture
Récemment Brut a interviewé une sexologue au sujet du vaginisme. Une abonnée m’a tagué pour y répondre parce qu’elle y a vu un certain nombre d’erreurs. Aujourd’hui j’aimerais prendre le temps de répondre à une erreur en particulier : celle de l’utilisation du terme « vaginique ». Cette erreur me tient à cœur parce que je l’ai beaucoup fait moi-même (le meilleur exemple se trouve dans le nom de mon site). Je me suis remise en question cette année lorsque j’ai commencé mes cours de psychologie et notamment de psychologique sociale. Dans cette newsletter, j’utiliserai ces nouvelles connaissances pour vous en apprendre plus sur le vaginisme. Le concept de soi. En psychologie sociale, j’ai appris le concept de soi. Le soi c’est un ensemble de perceptions à propos de toi-même, c’est la façon dont tu te représentes mentalement (d’après Markus & Wurf, 1987). Pour te donner un exemple, ce sont les traits de ta personnalité que tu identifies, tes compétences, tes valeurs, tes croyances. En gros : tout ce qui fait que tu es toi. Pourtant ce n’est pas une vérité, simplement une interprétation. Le concept de soi c’est la connaissance que tu as de toi-même, cette connaissance n’est pas fondée sur des faits objectifs. Il y a des situations qui révèlent des aspects de ta personne que tu n’avais envisagé par exemple. Le concept de soi n’est pas qui tu es mais plutôt comment tu te comprends et te définis. Ce qui est intéressant, c’est que le concept de soi n’est pas qu’une interprétation, qu’une connaissance. C’est aussi un processus qui oriente tes actions. Tu as observé tes actions, celles de tes proches, écouté ce que les autres pensaient de toi et tu as construit des images de toi (je suis agréable, sociable, honnête, autonome par exemple). Mais le concept de soi, permet aussi un mouvement inverse. Par exemple, puisque tu es honnête, dans la situation où tu trompes ton copain, tu lui dis. C’est à partir des images de toi que tu te comportes. Est-ce que tu vois là où je veux en venir ? En te définissant comme vaginique, tu intègres ton vaginisme à ton identité, à ton « soi ».

L’effet pygmalion. Un autre concept utile en psychologie est celui de l’Effet pygmalion. L’effet pygmalion est défini comme l’autoréalisation de prophéties. Je te résume l’expérience de Rosenthal et Jacobson de 1968 : On présente à la rentrée certains élèves à leurs professeurs comme prometteurs. Ces élèves n’ont en réalité rien de particulier. Pourtant à la fin de l’année, ils ont de meilleurs résultats, un QI plus élevé. Pourquoi ? Inconsciemment, les professeurs se sont mieux occupés de ces étudiants parce qu’ils pensaient qu’ils étaient naturellement plus doués.
Ce qu’il faut retenir de cette expérience, c’est que la façon dont tu te qualifies, dont tu te considères a un énorme impact sur ta guérison. On parle aussi de parole performative. En gros, c’est en disant quelque chose à propos de toi-même que tu le produis. Le terme vaginique. « Je suis vaginique », « les personnes vaginiques » utiliser ces expressions revient à faire du vaginisme une partie de l’identité de la personne concernée. « Être vaginique » sous-entend que le vaginisme est un état, donc ça ne se soigne pas. Tu serais vaginique comme tu serais brun.e. « Être atteint.e de vaginisme » replace le vaginisme au statut de trouble sexuel. Le fait de confondre trouble/maladie et identité s’applique particulièrement aux problèmes peu courants et de longue durée, personne ne dirait « je suis une personne grippale ». Or le concept de soi et l’effet pygmalion montrent à quel point le discours sur soi et les éléments de langage qui le compose sont essentiels lors de la guérison. C’est dangereux de faire de son trouble une partie de son identité parce que son identité on peut difficilement s’en séparer. La phrase « je fais du vaginisme » pose aussi pas mal de questions. Par exemple, si tu es atteint.e d’endométriose, dire « je fais de l’endo » n’a aucun sens et peut être culpabilisant parce que concrètement tu ne fais rien. L’endométriose n’est pas le produit d’une action particulière. Pour le cas du vaginisme, c’est plus ambigu parce que le vaginisme a une dimension psychosomatique. C’est ton esprit qui a entraîné le blocage physique. Mais si celui-ci est intervenu après une agression sexuelle, est-ce que « faire du vaginisme » est encore une phrase légitime ? Je n’ai pas encore de réponse précise à cette question. So, on retient quoi ? Si tu stagnes dans ta guérison, que tu as tout essayé et que rien ne fonctionne, ces idées de concept de soi et de parole performative sont à explorer. Est-ce que tu as inconsciemment intégré le vaginisme comme une partie de ton identité ? Et les douleurs comme une partie de ta sexualité ? C’est important de mettre à distance son trouble et son identité : tu n’es pas vaginique, tu es atteint.e de vaginisme et tu peux le soigner.
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